Venue du Pape François

Au fil d’une carrière politique, certains moments demeurent particulièrement intenses et mémorables. Il ne fait aucun doute que, pour tous les parlementaires européens présents aujourd’hui, la venue du Pape François à Strasbourg fera date.

A peine entré dans l’hémicycle, le sourire apaisant du Souverain Pontife me laisse présager le meilleur pour son intervention au Parlement. Une intuition jamais démentie, comme en attestera d’ailleurs le très chaleureux et respectueux accueil qui lui a été réservé ! Au moment de s’installer à la tribune et de prononcer son discours, c’est un silence presque religieux qui s’installe, naturellement.

Le symbole est immense : l’autorité suprême de la plus ancienne institution de notre continent vient s’adresser à la représentation des peuples européens en paix. Près de deux millénaires les séparent, tout doit pourtant les unir aujourd’hui. Le Pape a longuement évoqué la question de l’ouverture de l’Europe au monde, de la responsabilité qui était celle de nos institutions de garantir la sécurité de tous dans l’espace méditerranéen.

Ces enjeux sont fondamentaux et exigent de notre part une action sans précédent: par le biais du soutien au développement des régions frontalières de l’Europe bien sûr, mais aussi par une maîtrise réaffirmée des frontières extérieures de l’espace Schengen. Ce sont ses failles connues et identifiées qui offrent aux passeurs la possibilité de transformer “notre Mer” en véritable cimetière. Cela n’est plus acceptable,  à plus forte raison quand notre responsabilité d’européens est en jeu.

Cette adresse de chef d’Etat est venue compléter avec beaucoup de justesse le message porté par le chef spirituel catholique. Ce message a été celui de l’Humain avant tout : de sa place perdue dans une société où la mécanisation menace jusqu’aux esprits, mais aussi de son avenir dans un contexte d’abandon du sacré. L’absence totale de spiritualité est un prélude aux extrémismes les plus cruels, aux fanatismes les plus meurtriers.

L’Europe est donc invitée par l’évêque de Rome à repenser son identité. Faire appel à ses racines, ses sources et ses valeurs pour se montrer à la hauteur de ses responsabilités. N’ayons pas peur de ce retour aux fondamentaux : François a été capable, autour de ce formidable projet, d’obtenir les acclamations de la totalité de l’hémicycle. Cet esprit de concorde sera une source d’inspiration pour notre avenir commun.