Le Tourisme au service de l’Union européenne – Magazine Europe Parlementaire

Au dernier trimestre 2016, l’ex-élu marseillais a obtenu du Parlement européen la création d’un label « capitale européenne du tourisme ».
Pour europe parlementaire, Renaud Muselier précise en quoi cette marque territoriale sera une opportunité pour tous les professionnels, un levier d’attractivité pour les régions et un outil de dynamisme économique.
Propos recueillis par César ARMAND

 

Marseille sera la capitale du sport en 2017. Pourquoi voulez-vous instaurer un label « Capitale européenne du tourisme » ?

Renaud Muselier : Ces labels européens apportent une véritable plus-value pour les territoires concernés, j’ai pu le mesurer directement quand j’ai piloté l’organisation de « Marseille, capitale européenne de la culture » en 2013. Il en sera de même pour le sport en 2017 et pour le tourisme, label dont j’ai obtenu la création au Parlement européen avec mon homologue hongrois Istvan Ujhelyi en cette fin d’année 2016.

Le tourisme est un secteur vital de l’Économie européenne. Il pèse 11 % du PIB européen, une entreprise européenne sur dix est active dans un secteur touristique qui emploie 12 millions de personnes à travers l’Europe. Notre continent a accueilli, en 2015, 609 millions de touristes internationaux qui ont dépensé en moyenne 1000 euros. Alors oui, ce secteur est indispensable à la crois- sance et à l’emploi dans une Union européenne en difficulté écono- mique.

Mais les tragiques événements qui ont frappé la France et l’Europe tout entière ont eu un effet dévastateur sur le secteur touristique : nombre de nuitées en baisse de 10 % en France, grands événements annulés, forte baisse de l’attractivité… Il faudra toute la compétence des profession- nels du tourisme appuyés par l’État et les régions pour redresser une situation inquiétante. Ce label participera aussi à ce redressement.

Votre projet, adopté en commission Transports et tourisme en septembre 2016 au Parlement européen, prévoit d’ériger trois capitales européennes du tourisme dès 2018. Auxquelles pensez-vous ?

R. M. : L’Europe compte tellement de sites exceptionnels qu’il paraît bien dif cile d’en sélectionner trois. Les territoires candidats dé niront leur projet et promouvront leurs atouts dans différentes catégories tels que le tourisme de montagne, côtier ou thermal. La région Provence-Alpes- Côte d’Azur regorge de villes susceptibles d’obtenir ce label particulier parce qu’il sera aussi la vitrine aussi de tous les territoires situés autour.

Il ne s’agit plus seulement de mettre à l’honneur une cité comme le fait la Capitale européenne de la culture. Les touristes se rendant en région Provence-Alpes-Côte d’Azur ne se limitent pas à visiter Marseille, Nice, Cannes ou Saint-Tropez mais découvrent aussi toutes les richesses de la Côte d’azur, de la Provence, des Alpes… Mon choix de cœur se portera forcément naturellement sur la cité phocéenne qui a su prouver qu’elle possédait une identité culturelle forte, un patrimoine riche et des savoirs faires uniques mais c’est tout notre région qui serait ainsi valorisée.

Vous estimez que le tourisme pèse 11 % du PIB de l’UE. Quelles seraient les pistes pour mieux développer l’activité dans ce secteur ?

R. M. : Le label Capitale européenne du tourisme vise à rendre tangible et visible un secteur qui emploie – directement et indirectement ? deux millions de personnes en France mais qui est mis à mal par nos concurrents internationaux, qui espèrent une augmentation de 4 % par an du nombre de touristes.

Pour pallier cette concurrence exacerbée en raison de la conjonc- ture dramatique que nous connais- sons, nous devons soigner, ce qui constitue selon moi, une faiblesse récurrente du tourisme français : son manque d’incarnation.

En effet, si tous les Français peuvent s’enorgueillir de vivre dans la première destination touristique au monde, il nous est difficile d’avoir une image claire de ce qu’est le tourisme. À l’évocation du mot, se bousculent pêle-mêle dans nos têtes les vacances, les plages, les hôtels, le ski, les musées, etc. Ce label va, notamment, permettre d’améliorer les choses.

Favoriser dans ce cadre le développement durable est très important à vos yeux. Pouvez-vous préciser votre pensée ?

R. M. : En effet, le développement durable va nécessairement de pair avec le tourisme. Aussi, le « tourisme des sports d’hivers » se trouve par exemple fortement impacté par le manque de neige ce qui peut engen- drer un « cercle vicieux » du fait de l’utilisation de neige artificielle qui peut avoir des conséquences écologiques non négligeables. Le tourisme côtier connaît aussi une variation significative des réservations en fonction des températures.

Je pense, par ailleurs, que protéger nos territoires de la pollution (émis- sion de CO2 de méthane, ou de particules fines) participe à les rendre appréciables. La qualité de l’air est souvent un critère de choix pour les familles qui ne veulent pas exposer leurs enfants.

L’environnement n’est cependant, pas uniquement synonyme de consé- quences négatives, il peut consti- tuer une nouvelle façon de faire du tourisme à travers le tourisme durable. Les initiatives allant dans ce sens doivent être soutenues pour attirer un type de clientèle soucieux d’inscrire leurs vacances dans un cadre écologique et durable.

Le label « Capitale européenne du tourisme » en tiendra naturellement compte, les villes ayant à cœur de montrer à l’Europe entière leurs plus beaux atouts. Il constituera vérita- blement une réelle opportunité pour tous les professionnels du tourisme, pour l’attractivité de nos régions et pour le dynamisme économique de nos territoires au service de notre idéal européen.

Interview Europe Parlementaire