Discours de Jean-Claude Juncker au Parlement européen: “Plus qu’un an pour réformer l’Europe de 2025 ! “

Tribune de Renaud Muselier

Le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a présenté aujourd’hui aux membres du Parlement européen sa vision de l’état de l’Union européenne à moins de deux ans de la fin de son mandat et sa feuille de route pour une Europe plus unie, plus forte et plus démocratique.

Séquence déterminante de la vie démocratique européenne, le discours de l’Union, inspiré par la pratique présidentielle américaine, est surtout l’opportunité de mesurer les ambitions de l’exécutif européen pour l’avenir de notre continent. De cet exercice, un constat s’impose : il ne nous reste plus qu’une année pour réformer l’Europe de 2025.

D’ici à 2018, la Commission aura présenté toutes ses propositions de loi au Parlement européen. En mars 2019, le Royaume-Uni ne fera plus partie de l’Union européenne. En mai 2019, nous voterons pour de nouveaux députés européens.

Le temps joue contre nous, et il est essentiel de se concentrer dès aujourd’hui sur les chantiers prioritaires qui façonneront l’Europe de 2025. Trois chantiers doivent être engagés d’ici là.

Premièrement, répondre présent aux Accords de Paris sur le climat. C’est un enjeu civilisationnel. Tous les efforts, tous les moyens, toutes les énergies doivent être mises dans l’accomplissement de cet objectif et chaque secteur peut y répondre en prenant ses responsabilités. Membre actif de la commission des Transports du Parlement européen, je prendrai toute ma part pour encourager un transport plus vert, moins pollueur, tourné vers le multimodal tout en restant compétitif. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur répondra présente à ce rendez-vous avec l’histoire, en tant que territoire précurseur du changement climatique en Méditerranée.

Deuxièmement, il est indispensable de trouver enfin une solution digne à la si mal nommée « crise des migrants ». 2500 personnes sont mortes cette année en Méditerranée. En 2016, les Etats-membres ont accordé l’asile à plus de 720 000 réfugiés. L’Europe a su réagir rapidement à cette crise en mettant en place 1700 officiers du corps de garde-frontière et garde-côte pour protéger nos frontières extérieures de manière plus efficace. Mais il serait illusoire de penser que cela résoudra le fond du problème. La crise libyenne trouve ses origines en Lybie, la crise syrienne en Syrie. Les politiques de réaction ont fait leur temps. Il faut anticiper, prévenir pour guérir. Et pour cela il faut faire place à une politique diplomatique et économique ambitieuse en Afrique. 1,2 milliard d’Africains aujourd’hui, plus de 2 milliards en 2050, c’est aujourd’hui et maintenant que doivent se tisser des liens indéfectibles entre nos deux continents. Notre patrimoine culturel et politique commun nous y invite et nous y oblige. Membre de la commission Développement du Parlement européen et Vice-Président de la Délégation ACP-UE, je sais mieux que quiconque le lien fraternel qui nous unit à notre voisin africain.

Enfin, créer l’Europe qui protège. L’Europe qui protège ses travailleurs du dumping social étranger et intérieur au marché unique ; l’Europe qui protège ses citoyens de la menace terroriste ; l’Europe qui protège les investissements stratégiques européens ; l’Europe qui met en place des outils pour protéger ses citoyens contre les catastrophes naturelles. Pour accomplir tout cela un maître-mot : harmonisation. Sans standards fiscaux et sociaux communs, nos entreprises courent à leur perte, entrainant dans leur chute la compétitivité européenne. Sans un minimum de renseignement européen commun, nous ne pourrons jamais lutter efficacement contre les menaces qui pullulent à l’intérieur de l’espace Schengen. Sans une réponse européenne commune à la globalisation, nous ne serons plus capables de créer des champions industriels et commerciaux européens. Sans une réponse européenne commune face aux filières djihadistes, nous ne mettrons jamais un terme à la menace terroriste.

Tous ces chantiers ont été abordés par le Président Juncker et je m’en félicite. Pour autant, l’analyse restera incomplète tant que ne sera pas pris suffisamment en compte un acteur essentiel : l’espace méditerranéen. Les grands enjeux européens sont en réalité méditerranéens. Carrefour civilisationnel et culturel, c’est le lieu de tous les conflits et déchirures contemporains. Tout reste à faire. Réfléchir cet espace, le construire institutionnellement, s’appuyer sur son grand frère européen pour y instaurer stabilité et paix est le grand défi de demain. Si demain l’Europe ne contribue pas à la construction de l’édifice méditerranéen, elle court à sa perte.

L’audace tant louée par le Président Juncker commence par là.