Tribune de Renaud Muselier : Une langue vivante évolue d’elle-même

Tribune de Renaud Muselier : Une langue vivante évolue d’elle-même

La réforme de l’orthographe veut adapter et faciliter l’usage du français par rapport aux habitudes contemporaines.

Selon moi, il ne revient pas au Ministère de l’Éducation nationale actuel de déterminer les règles en vigueur dans la langue française. N’oublions pas que c’est l’Académie française, qui a d’ailleurs manifesté son désaccord face à cette réforme, qui est seule à même de modifier la langue française en fonction de l’évolution des usages. En voulant simplifier la langue et l’adapter aux besoins actuels, la réforme de l’orthographe porte pour moi en elle beaucoup trop de paradoxes. C’est par les usages qui en découlent, constatés a posteriori par l’Académie française que l’orthographe pourra à mon avis être modifiée.

En plus d’imposer l’évolution de la langue, elle menace la francophonie et comporte bien malheureusement de nombreuses incohérences. En effet, vouloir réformer l’orthographe, c’est ignorer l’essence même d’une langue vivante qui évolue naturellement d’elle-même. Le postulat même d’une réforme de l’orthographe pose donc, à mon sens, problème dans la mesure où elle ne vient pas constater puis formaliser une pratique, mais prétend au contraire en imposer une toute nouvelle.

Cela comporte le risque que non seulement les nouvelles règles ne s’appliquent pas partout de la même manière, mais qu’également l’écriture du français se trouve déstabilisée profondemment et durablement. La menace d’une telle réforme imposée est que la langue française “simplifiée” se voie finalement complexifiée par des pratiques radicalement différentes d’un pays francophone à un autre, voire même d’une région française à une autre. Dans l’abondance de variantes, légitimées ou non, le francophile qui souhaiterait apprendre et pratiquer le français se trouverait sans doute tout autant destabilisé et il en serait terminé de l’universalité de la langue française.

Enfin, La richesse d’une langue reflète la subtilité d’une pensée. La simplification de la première influe sur la deuxième. Il me semble qu’une réforme de la langue est implicitement accompagnée d’un projet politique visant à encourager ou bien défavoriser le développement d’une pensée propre et critique. Cette réforme pourrait donc aller vers une pensée plus pauvre.

En somme, même si l’intention est peut-être bonne, la réforme proposée aujourd’hui risque d’être inefficace et de nuire à l’utilisation et au rayonnement de la langue.

 

Dr Renaud MUSELIER 

Ancien Ministre,  Député Européen,

Président délégué de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur,

Président du Comité Régional du Tourisme

Close