Diplomatie: « Monsieur Ayrault, il y a bientôt 5 ans que la France se fait dicter ses choix ! »

Diplomatie: « Monsieur Ayrault, il y a bientôt 5 ans que la France se fait dicter ses choix ! »

Dans une interview offensive, le Ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a voulu faire croire à un réveil de la diplomatie française.

« La France n’acceptera pas qu’on lui dicte ses choix. », indique-t-il.

Comme au Liban, où l’obéissance servile de Laurent Fabius aux positions saoudiennes empêche notre pays d’y jouer le rôle qui devrait être le sien ?

Comme en Turquie en juillet 2016, où un faux coup d’Etat suivi d’une purge digne des plus grandes heures soviétiques n’ont pas suffi à émouvoir Jean-Marc AYRAULT ?

Comme face à la Russie, quand les sanctions demandées par les Etats-Unis en juillet 2014, et immédiatement prises par l’Union européenne à l’initiative de la France, ont porté atteinte à nos relations commerciales et mis en difficulté nos propres agriculteurs, nos propres intérêts ?

Comme dans le conflit israélo-palestinien, quand la France s’est vautrée dans une position caricaturale, poussant même Laurent Fabius à menacer Israël d’une reconnaissance de l’Etat palestinien en cas d’échec de négociations ? C’était en janvier 2016, il y a seulement un an.

Comme en août 2015 quand, après d’incessantes « inquiétudes » manifestées par les Etats-Unis, la France a renoncé à la vente programmée à la Russie de navires militaires ? Dans le contexte ukrainien, cela aurait pu être présenté comme une démonstration de force : il n’en a rien été, nous n’étions jamais apparus aussi faibles, aussi influençables.

Comme lorsque, le 31 août 2013, Barack Obama téléphone à François Hollande pour lui indiquer la marche à suivre dans la crise syrienne ? Souvenons-nous que, « déterminé » à bombarder les positions du régime de Bachar El-Assad, François Hollande s’est alors immédiatement rangé à la prudence de son homologue américain.

Dans ce dossier, justement, l’incapacité de la France à porter une voix différente de celle de l’allié américain a profondément atteint sa crédibilité. Autrefois interlocuteur crédible et respecté du monde arabe, la France est désormais inaudible. Comme l’était le Royaume-Uni en 2003, quand Tony Blair était considéré comme le porte-voix européen des intérêts stratégiques américains.

D’une puissance objective et respectable, la France est devenue une puissance arrogante et surtout moralisatrice. Le chantre grotesque de l’ « Irréel Politik », formule éloquente choisie par Hubert Védrine pour décrire ce nouveau chapitre de notre diplomatie.

Prenant comme prétexte les débuts chaotiques de Donald Trump, Jean-Marc Ayrault essaie de redonner du sens à nos orientations stratégiques. A deux mois de l’élection présidentielle, cela ressemble à s’y méprendre à un baroud d’honneur : une année de ministère au Quai d’Orsay ne peut de toute façon pas suffire à réparer les dégâts causés par Laurent Fabius.

Car s’il est nécessaire d’être très vigilant pour éviter l’ingérence russe dont chacun semble aujourd’hui se préoccuper, quelques rappels utiles :

  • C’est la Counter Intelligence Agency américaine qui a espionné la campagne de l’élection présidentielle en 2012.
  • C’est l’Arabie Saoudite qui, depuis mars 2015, mène une guerre sanglante et sans fin contre le Yémen, cumulant massacres de civils dans l’indifférence totale des puissances occidentales.
  • C’est la National Security Agency américaine qui, jusqu’en 2012 et donc sous l’égide de George W. Bush puis de Barack Obama, a espionné les principaux décideurs politiques français.

La priorité diplomatique de la France doit désormais retrouver son indépendance et sa liberté d'expression que le monde entier nous enviait. Indépendance vis-à-vis des Russes, des Américains, des Saoudiens, des Iraniens, indépendance vis-à-vis de toutes les puissances qui seule permet de dialoguer d’égal à égal.

Car, sur la scène internationale, il n’existe pas de puissance possible pour ceux qui se contentent d’être des perroquets.

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