"Je ne peux pas me désintéresser de Marseille" - Interview pour Objectif Méditerranée - Février 2017

Il fut l’« enfant terrible » de Marseille, éloigné des affaires de la cité pour rejoindre le Parlement européen...avant de revenir, en 2015, sous la lumière provençale en tant que président délégué de la Région PACA. À l’heure de la mise en musique de la Métropole Aix-Marseille Provence, dont il fut l’un des initiateurs, Renaud Muselier garde un attachement intact pour la cité phocéenne.

Objectif Méditerranée: Comment s’organise la gouvernance de l’institution régionale avec un président niçois et un président délégué marseillais ?

Renaud MUSELIER: Cela se passe très bien ! Nous avons défini quelques règles simples de fonctionnement. J’ai, par exemple, délégation de signature pour tout ce qui est voté par la Région en faveur des Alpes-Maritimes, un moyen très concret, voulu par le président Estrosi, pour montrer aux Marseillais qu’il n’entend pas se servir de son mandat pour favoriser son département. C’est une garantie réelle par rapport à nos fonctions et cela permet de mettre en place une politique équitable pour une région équilibrée.

OM: Votre majorité a pour seule opposition le Front national. Est-ce vraiment satisfaisant en termes de démocratie ?

RM: C’est ainsi !... Ce que je déplore, c’est que la conférence régionale consultative que nous avons mise en place à la demande de nos adversaires de gauche démontre leur manque de sérieux. C’est dommage. Quant au FN, je suis assez surpris que leur leader, Marion Maréchal-Le Pen, soit aussi absent de nos commissions, tout comme des séances plénières. Et, lorsqu’ils sont toutefois présents dans l’hémicycle, leurs interventions sont rare- ment de haut niveau.

OM: Quel bilan tirez-vous de cette 1ère année de gouvernance ?

RM: À notre arrivée, la Région avait dis- paru sur le plan politique, abandon- née par Michel Vauzelle (NDLR, ancien président PS). L’audit que nous avons commandé a révélé une dette de 2,9 Md€ et un budget de fonctionnement de 75 %. C’était irresponsable ! Dès 2016, nous avons rééquilibré le budget, remis de l’ordre dans les services et fixé une priorité absolue : l’économie au service de l’emploi. Les aides aux entreprises ont augmenté de 12 %, celles en faveur de l’apprentissage de 6 %. Le lancement de 12 opérations d’intérêt régional représentera au total 1 Md€ d’investissements pour favoriser la création de 104 000 nouveaux emplois.

OM: Le secteur du tourisme souffre en PACA : -7 % d’activité en 2016. Quel soutien peut apporter la Région ?

RM: C’est même -16 % sur le seul sec- teur niçois après les attentats. C’est pourquoi nous avons débloqué une enveloppe spécifique de 25 M€, afin d’aider, en 2017, d’importants événements qui devraient nous faire relever la tête dans les Alpes-Maritimes, mais aussi à Marseille, Capitale européenne du sport.

OM: Quel regard portez-vous sur les premiers pas de la Métropole Aix- Marseille Provence ?

RM: Je suis satisfait que la Métropole ait pu enfin être créée, c’est une vraie avancée ! Malheureusement, elle est victime de guerres politiques et de l’égoïsme des différents territoires. La présidente du Pays d’Aix, Maryse Joissains, a ainsi fédéré de nombreux maires contre Marseille, les mêmes qui, aujourd’hui, sont dans l’obligation de travailler avec la ville-centre. Sous leur pression, Marseille perd du pouvoir et ne peut tirer tout le monde vers le haut comme cela devrait être le cas.

OM: La Ville d’Aix-en-Provence se plaint pourtant de devoir supporter la dette de Marseille...

RM: Aix a plumé Marseille qui a sup- porté pendant des années des charges de centralité importantes ! Aujourd’hui, chacun se regarde le nombril au lieu de regarder l’intérêt général du territoire. Je ne connais d’ailleurs toujours pas, à ce jour, les objectifs de la Métropole.

OM: En 2014, vous avez été élu au Parlementeuropéen.Depuis,vous n’avez eu de cesse de louer l’intérêt d’une Europe forte. N’est-ce pas en contradiction avec les attentes des Français ?

RM: L’Europe a beaucoup de défauts, elle est trop technocratique, mais elle a également beaucoup de qualités. Qui peut penser que, face aux États-Unis, à la Chine, à la Russie ou à l’Inde, la France peut s’en sortir seule ? Les élus français attaquent trop souvent l’Europe pour mieux masquer leur propre incompétence. Et notamment une incompétence en matière de demande de subventions ! La France perd des milliards d’euros, car nous ne savons pas remplir les conditions d’octroi des aides européennes. C’est le cas à Marseille, où le Grand port maritime ne profite d’aucune aide européenne, alors que l’Europe propose un plan de 11 Md€ en faveur des ports. Aucun dossier n’avait été déposé ! Dès le début de notre mandature, nous avons mis en place une mécanique de travail avec le Port pour que cela change.

OM: En quoi vos mandats européen et régional peuvent-ils améliorer les choses ?

RM: Les Régions ont récupéré la compétence de l’État dans la gestion des fonds européens. Je me suis engagé à obtenir 1 Md€ de subventions européennes au cours des 5 années de mon mandat au profit de la Région et le label « Capitale européenne du tourisme » pour Marseille en 2018 ou 2019.

OM: Justement, quel est l’avenir politique de Renaud Muselier ? Candidat à la Ville de Marseille ? À la Métropole ?

RM: La vie politique réserve beaucoup de surprises, surtout en ce moment ! Ce qui est sûr, c’est que je ne peux pas me désintéresser de Marseille au vu des fonctions qui sont les miennes. On m’a piétiné, humilié et, aujourd’hui, je me retrouve député européen et président délégué de la Région PACA : c’est cocasse !

Charles Morel

[propos recueillis le 19/01/2017]

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