Bruxelles et l’Europe un an après les attentats

Je me pose souvent la question :

Et si je n’avais pas été en convalescence d’une opération à la hanche ?

Et si j’avais, comme tous les mardis ou presque depuis juin 2014, pris mon avion ce matin-là ?

Comme si souvent à 8 heures du matin, j’aurais pu me trouver parmi les milliers d’individus de passage par l’aéroport international de Bruxelles.

Je pense souvent aux 32 morts, aux 340 blessés d’alors.

Victimes de la barbarie, comme à Paris, comme à Nice, comme partout dans le monde au nom du fondamentalisme islamique.

Les attentats de Bruxelles avaient une dimension supplémentaire qui n’a pas assez été dite. C’était l’Europe, en tant qu’idée, rêve et projet politique, qui était visée.

La cible était aussi de frapper tout ce qu’incarnait le Traité de Rome dont nous fêterons samedi le soixantième anniversaire.

Un an plus tard, l’Europe a-t-elle répondu à cette attaque ?

Je crois qu’elle aurait bien voulu, mais que l’absence chronique de la France à la table des décideurs pose un problème structurel de premier plan.

Romano Prodi, ancien Président du Conseil italien, de gauche, ancien Président de la Commission européenne, le résume assez bien dans une interview parue aujourd’hui :

« La France s’est considérablement affaiblie, et une Europe avec un seul leader n’est pas viable. »

Seule la dernière puissance nucléaire du Vieux Continent après le Brexit aurait pu porter un projet ambitieux d’Europe de la défense et de la lutte antiterroriste.

Seule la dernière nation à disposer d’un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU peut être crédible dans une telle dimension géopolitique.

Le prochain Président de la République aura non seulement un pays à redresser, mais un projet européen crucial dont seule la France peut être l’initiatrice.

Nous le devons aux victimes du terrorisme, bien sûr. Mais cela correspond aussi à notre volonté de puissance, à nos objectifs stratégiques.

Voilà pourquoi nous avons besoin de fonds structurels régionaux dédiés à la sécurité. Le monde a changé ! Nous ne pouvons plus uniquement raisonner en termes de développement économique, d’emploi et d’agriculture. Car aucun de ces objectifs ne peut être garanti sans la sécurité des personnes et des biens.

De la même manière, nous devons avec beaucoup de pragmatisme envisager une mutualisation des moyens militaires, et des moyens de renseignement.

Encore une fois, seule la France peut être le porte-étendard d’une telle ambition.

 

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